Le Collectif de soutien aux Maliens de Montfort sur Meu

Opération "Portes ouvertes" sur une Afrique cachée

Opérations portes ouvertes sur une Afrique cachée

LE MONDE | 17.06.08 | 15h20 • Mis à jour le 17.06.08 | 15h20
 
e secrétaire général du ministère de l’immigration, Patrick Stefanini, devait se rendre à Bamako, mardi 17 juin, pour tenter de faire signer "l’accord de gestion concerté des flux migratoire". Pour l’association Droit devant !!, cet accord amplifierait les expulsions de travailleurs maliens. Pour s’y opposer, elle appelait à manifester, mardi, devant l’ambassade du Mali à Paris.

Mieux se faire connaître, c’est depuis peu devenu un souci pour les Maliens de France. Ne plus rester seulement entre eux. Arrêter de trop s’isoler entre les murs de leur chambre. Samedi 31 mai, à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, quelques foyers de travailleurs migrants - Maliens pour la plupart - ont organisé une journée portes ouvertes.

"Nous vivons en France depuis des années, nous vieillissons ici, explique Ousmane Keita, un délégué du foyer "Bara". C’est donc important de montrer au voisinage et aux Français comment nous vivons." Et tel un publicitaire, il ajoute : "Une meilleure communication pour mieux se comprendre."

Les curieux sont venus en couple, en famille, voir cette Afrique cachée derrière une frontière anodine : la porte d’entrée. Le foyer "Bara", du nom de la rue, surnommé "le deuxième Bamako", est aussi connu au Mali que la tour Eiffel. C’est celui qui a attiré le plus de "toubabs", de Blancs en wolof. La toute nouvelle maire de Montreuil, Dominique Voynet (Les Verts), est aussi venue sur ce bitume africain. "Ces hommes ont recréé les mêmes conditions de vie que dans leur village, s’étonne encore un fonctionnaire du ministère de l’immigration. C’est sidérant à voir."

Dans la cour, près de l’immense benne à ordures, dans un sombre local, le ferrailleur prépare des bijoux, plus loin, les coiffeurs rasent les têtes, des hommes en boubou discutent autour d’un thé pendant que d’autres vendent des cartes téléphoniques, des en-cas ou des DVD...

CHAQUE FOYER A SON "SAGE"

La France compte près de 700 foyers de travailleurs migrants, autour de 250 en Ile-de-France, dont la moitié sont occupés - en partie ou en totalité - par les Maliens. Une de leur caractéristique est la suroccupation. Le foyer "Bara" possède quelque 400 lits, mais plus de 1 000 personnes s’entassent dans les minuscules chambres. "Les suroccupants ne sont pas forcément des sans-papiers", précise-t-on du côté du ministère de l’immigration. Mais ces derniers y trouvent un toit fraternel. La plupart de ces hommes travaillent dans les secteurs du nettoyage ou du BTP.

Dans ce capharnaüm malien, tout est organisé, à commencer par la hiérarchie. Dans les foyers, chaque étage représente des familles qui viennent du même village. Chaque village à son chef, chaque foyer a aussi son doyen qui est le "sage".

Les foyers ont leur propre règlement intérieur, différent de celui des organismes privés qui sont censés les gérer. Ce que cherchent avant-tout ces responsables des foyers, c’est d’éviter une "bagarre". Si une rixe éclate entre deux hommes, les différents chefs de villages se réunissent, tel un tribunal. Au foyer "Bellièvre", dans le 13e arrondissement de Paris, le fautif, qui risque l’expulsion, devra payer une amende d’environ 100 euros, la victime la moitié. Cet argent ira enrichir le compte en banque du foyer, et servira à financer la mosquée ou les moutons pour le jour de l’Aïd.


Mustapha Kessous
Article paru dans l’édition du 18.06.08


21/06/2008
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