Le Collectif de soutien aux Maliens de Montfort sur Meu

Un sans-papiers expulsé de retour en France pour défendre ses droits

C’est exceptionnel : il a obtenu un visa pour défendre ses droits aux prud’hommes.

Un vigile malien sans-papiers arrêté en juillet 2006 sur son lieu de travail, expulsé un mois après, est, fait exceptionnel, rentré lundi en France avec un visa pour défendre ses droits aux Prud’hommes.

Souleymane Bagayogo, 40 ans, a pu embarquer librement sur le vol AF791 Bamako-Paris d’Air France. Mais malgré un visa d’un mois en règle, le passage de la frontière n’a pas été une formalité.

Arrivé à 6H09 à Roissy, il a dû patienter plus de deux heures et sortir sa convocation devant les Prud’hommes de Bobigny pour pouvoir enfin retrouver son épouse, restée en France avec leur petite fille, âgée de deux ans et demi, ont relaté les militants CGT qui l’attendaient à l’aéroport.

Costume noir, cravate rose, les traits tirés par le voyage mais se disant "très ému" et "content", l’ex-sans-papiers a été fêté à la Bourse du travail de Bobigny par d’anciens collègues et les militants de la CGT qu’il a remerciés "de ne pas l’avoir lâché".

"Au Mali, ça n’a pas été facile pour moi. Physiquement, j’étais là-bas, mais j’avais ma tête ici", a-t-il raconté. Comme tous les "môgô kunago" (les malchanceux en bambara), il a connu l’humiliation du retour au pays menottes aux mains.

Depuis son expulsion le 25 août 2006, il n’avait revu sa femme et sa fille qu’une fois, en décembre 2007, lorsque la CGT leur avait offert le voyage.

Pour Thierry Dumez, son "parrain", responsable de la CGT 93, son retour est "un événement exceptionnel, rarissime". Il espère que la préfecture accordera une réponse "digne, juste et humaine" à la demande de titre de séjour que l’ancien salarié d’OSP (Omnium de sécurité privée), une société de surveillance, entend vite déposer.

Souleymane Bagayogo avait été le seul sans-papiers arrêté le 25 juillet 2006 lors de contrôles dans plusieurs dizaines de magasins Monoprix et Groupe U d’Ile-de-France sous-traitant leur sécurité à OSP. La société de surveillance était dans le collimateur de la préfecture.

Pour faire bonne figure ou se débarrasser, comme le soutient la CGT, de salariés qui réclamaient le paiement d’heures supplémentaires et dénonçaient leurs conditions de travail, OSP avait engagé entre mai et août 2006 le licenciement pour faute d’une quinzaine de sans-papiers au motif que leurs papiers étaient faux. Eux affirment que leur patron connaissait parfaitement leur situation dès l’embauche.

A ce jour, six des neuf vigiles parrainés par la CGT ont été régularisés, selon la préfecture. La société a perdu son agrément préfectoral et a disparu. L’ancien gérant a été condamné en mai 2007 pour "travail dissimulé" par le tribunal correctionnel de Bobigny à huit mois de prison avec sursis, 5.000 euros d’amende et une interdiction d’exercer de trois ans.

Les dossiers de M. Bagayogo et neuf autres anciens salariés d’OSP seront réexaminés le 9 juin par le conseil des Prud’hommes de Bobigny.
Par AFP , le 02/06/2008


03/06/2008
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