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Une 3ème vague de grève ?

Raymond Chauveau de la CGT : "Nous sommes en mesure de lancer une troisième vague de grèves"

LE MONDE | 16.06.08 | 14h50 • Mis à jour le 16.06.08 | 14h50
 

Pour Raymond Chauveau, secrétaire général de l’union locale CGT de Massy (Essonne), le vrai bilan de la grève des sans papiers n’est pas dans les chiffres : 400 régularisations sur 1 400 dossiers déposés dans les préfectures, après deux mois d’un mouvement d’ampleur, "c’est peu", concède-t-il. Mais pour ce syndicaliste, à l’initiative de la grève, le principe d’une régularisation par le travail est désormais acté. "Le premier bilan, il est là", se félicite-t-il.

D’autant que ces régularisations sont intervenues sur des métiers en tension qui n’étaient pas initialement ouverts à ces travailleurs africains. "Cette lutte a obligé le gouvernement à mettre dans sa poche la circulaire du 20 décembre qui réserve les métiers peu qualifiés aux seuls nouveaux entrants dans l’Union européenne", insiste-t-il. Pour le cégétiste, le gouvernement a fait l’erreur de parier que le mouvement ne durerait pas, et il affiche ses "contradictions" en tentant de freiner les régularisations et de diviser le mouvement : "Il n’est pas acceptable, relève Raymond Chauveau , que dans une même entreprise l’un soit régularisé et l’autre pas, parce que l’un est dans l’Esssone et l’autre dans les Hauts-de-Seine".

De fait, les administrations délivrent des récépissés de carte de séjour, d’un mois pour certains, de trois mois pour d’autres, mais aussi de simples autorisations provisoires de séjour d’une semaine à trois mois, avec ou sans autorisation de travail. "Elles continuent de raisonner comme si elles examinaient des dossiers de régularisation "vie privée, vie familiale"", déplore le syndicaliste, reprochant au gouvernement de n’avoir défini aucune position claire sur la façon de procéder à une régularisation par le travail. "On se retrouve en face d’un double, d’un triple langage, le ministère de l’immigration laissant chaque préfecture agir à sa guise", argue M. Chauveau. "De hauts responsables de préfecture nous disent : "Ordre, contre-ordre : on n’en peut plus ! Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités"", assure-t-il.

Pour la CGT, de deux choses l’une : ou le gouvernement accepte de discuter "sérieusement" de la méthode à appliquer, aux grévistes comme aux autres travailleurs sans papiers qui pourraient se déclarer, ou le mouvement est parti pour durer. Le syndicat avertit : "aujourd’hui, nous sommes en mesure de lancer une troisième vague de grèves, beaucoup plus importante que les deux autres réunies", jure Raymond Chauveau.

RÉALITÉ IGNORÉE

Si, ici où là, des militants d’autres syndicats, Solidaires notamment, soutiennent des grévistes, la CGT reste la seule organisation à pleinement se mobiliser dans ce mouvement. "Nous sommes à l’initiative", rappelle Raymond Chauveau qui se défend de prendre en otage le mouvement, comme l’en ont accusé les associations de sans-papiers. Au sein de la CGT, reconnaît-il cependant, des militants ont encore du mal à comprendre que le syndicat prenne en charge ces dossiers. Pour Raymond Chauveau, cette grève oblige la société à prendre en compte une réalité jusqu’alors ignorée. "Aujourd’hui, ces salariés sont reconnus pour ce qu’ils sont : des travailleurs. Chez eux, une conscience de classe se forge", observe-t-il. Pour lui, il était temps que le syndicat prenne ce dossier en main. "Notre rôle de syndicat, insiste-t-il, est de montrer que ces personnes ne sont pas en dehors du monde du travail. Ce que le gouvernement n’a pas compris."
 
Mustapha Kessous et Laetitia van eeckhout


17/06/2008
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